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Tristan Mat

#1161

après le poème
vivre

après le poème
il ne reste rien
– bonheur

#1156

quels seront les mots les derniers mots
où à plat droits sur pierre levée
en bouche silencieux lus posés
quoi pour les recevoir fosse
plis à l’oreille priant fumée
depuis quelle chambre de mort
diront-ils quelque chose pour rien

#1126

des gouttes sur le toit de plastique
avec un ciel vide de pluie au matin
regardé fixe en écoutant une chanson
comme un chemin en écartant
la ronce du passé qu’elle propose,
c’est le présent que je veux
quand bien même il est tombe

#1123

ils viennent
autres et pareils
avec chacun c’est autre  et c’est pareil
avec chacun l’absence de satori est autre
avec chacun l’absence de satori est pareil

#1113

L’arbre mot est sans feuille.
Sec et noir dans la luxure.
Il tient l’air figé.
Son rêve est la pierre quand c’est le vent qui danse en lui.
Hors sève.
Il n’a pas de prise sur ses semblables ni sur les êtres aimés.
Il fait croire au pouvoir de monter.

#1106

demeure lampe
donne le mur
au regard bas
de qui ne dort

#1101

au soir tu es encore
– guère plus qu’une fatigue
une répétition ralentie

tant est déjà à la nuit
retiré en silence creux
les histoires tombées

rien n’enveloppe
– au-delà sont les ombres
le sel est perdu

#1096

quel tibre étrange ce soir
nul pour accueillir son
offrande lente de boues
rives et ponts au vide
la clôture faite foule
le temps s’est assis
les nombres sont des morts

la colère comme voie

sans fond le cercle
vouloir tomber toujours
écraser encore le point

être au passif
fixe à la presse du soleil
nulle paroi panse

la couleur est accroc
le temps mors
amère l’eau répétée

#1088

tu écris la mauvaise poésie dit-elle
mais pas de la poésie de style dit-il
ton petit bonhomme de merde dit-elle,
pas à moi mort à personne dit-il
ces mots répétés permutés fatigue dit-elle.
les miens jamais dans ma bouche dit-il
ce papier ce temps cette perte dit-elle
préfères-tu ces mots crachés sur toi nue dit-il
foutre tu ne sais que dire dit-elle