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Tristan Mat

Minutes de la multitude #22

Ne considèrer qu’une feuille de papier sur le plancher sale.

Roulis, bruits de de freinage et d’aiguillage, portes claquant. Seule change la saison et plusieurs fois en un seul trajet.

On entre dans le tunnel en train, on en sort à pied vomi par la gare où il aboutit.

Minutes de la multitude #21

Vue plongeante sur un sac de femme ouert: des plis.

Les cheveux sont tirés en arrière. Le visage est serré vers l’intérieur. Les lèvres ne passent rien. Les yeux broient des larmes pour qu’elles ne s’échappent ps.

Dans la foule serrée et immobile de la voiture au matin, pourquoi le mot chevaux, par erreur ?

Minutes de la multitude #20

Une vie qui ne serait que matin d’été, éveil, lenteur.

Oui, c’est ici dans la fraicheur, dans la lumière douce, dans les retrouvailles avec la quiétude qu’a lieu le retour à l’antique révélation: tu seras séparé, éloigné. Tu partiras.

La fatigue, ayant pris forme de ton corps, s’insurge.

 

Minutes de la multitude #19

La beauté, bizarre, et claquent les roues sur les raccords des rails.

Des chaussures sales, blanches, craquelées. Chevilles découvertes. La lumière est là. Elle est partout.

Ils sont dans leur vie sans hésitation: colliers, rendez-vous, récits, sourcils.

Minutes de la multitude #18

Tout est géométrie et motifs, et crasse et rouille.

Immobilisation: le réel.

Claques violente de la lumière et de l’ombre: l’hiver est sans fin.

Minutes de la multitude #17

Ella a deux deux paires de lunettes. Elle est assise dans un coin, de biais. Elle lit que le hasard n’existe pas.

Il tombe, il est tombé, affaissé. Il épouse le siège, le mouvement. Il est au temps.

Plus tard: aucun autre visage ne revient, seule la sensation certaine des corps en nombre.

Minutes de la multitude #16

Les lettres s’amincissent, se décollent, s’enroulent. Elles finiront par s’émietter, tomber. Le train ne s’arrêtera plus. Il s’arrêtera dans un lieu sans nom. Monteront et descendront des fantômes.

Conjecturant d’une chevelure, de jambes gainées de noir. Investissant le vide. Évitant le face à face avec le double.

Arrêt demandé. Arrêtez-moi. Arrêtez-nous. Désir d’être aux arrêts.

Minutes de la multitude #15

L’été règne: le maquillage durcit ou coule, les fronts et les gorges transpirent. Tu voudrais t’endormir et mourir assis.

Un claquement des portes comme le coup de bâton du maître zen.

Gestes, visages, lumières, pensées: dans la répétition ce moment est unique.

Minutes de la multitude #14

Si fière et si féroce, et assise, immobile à par la lance de ses regards, et lointaine encore plus, les yeux tournées à l’extrême vers la fenêtre.

Devant et presque au dessus de moi, le visage serré et sérieux, le regard lancé vers le sol. Est-il puissant?

La laideur t’attire comme un puits.

Minutes de la multitude #13

Portes ouvertes: serrés, défilant,visages, cuisses, chevelures, mains, bustes. Les lignes des regards forment des étoiles. Empilement des images qui se recouvrent avant d’être contemplées et qui reviendront dans la grande nuit du désir.

Une torsion le parcourt des pieds à la mâchoire, puis jusqu’aux bras, et le regard jeté dehors, vers le haut.

Son nom est dédain. Puis elle sourira.