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Tristan Mat

Minutes de la multitude #19

La beauté, bizarre, et claquent les roues sur les raccords des rails.

Des chaussures sales, blanches, craquelées. Chevilles découvertes. La lumière est là. Elle est partout.

Ils sont dans leur vie sans hésitation: colliers, rendez-vous, récits, sourcils.

Minutes de la multitude #18

Tout est géométrie et motifs, et crasse et rouille.

Immobilisation: le réel.

Claques violente de la lumière et de l’ombre: l’hiver est sans fin.

Minutes de la multitude #17

Ella a deux deux paires de lunettes. Elle est assise dans un coin, de biais. Elle lit que le hasard n’existe pas.

Il tombe, il est tombé, affaissé. Il épouse le siège, le mouvement. Il est au temps.

Plus tard: aucun autre visage ne revient, seule la sensation certaine des corps en nombre.

Minutes de la multitude #16

Les lettres s’amincissent, se décollent, s’enroulent. Elles finiront par s’émietter, tomber. Le train ne s’arrêtera plus. Il s’arrêtera dans un lieu sans nom. Monteront et descendront des fantômes.

Conjecturant d’une chevelure, de jambes gainées de noir. Investissant le vide. Évitant le face à face avec le double.

Arrêt demandé. Arrêtez-moi. Arrêtez-nous. Désir d’être aux arrêts.

Minutes de la multitude #15

L’été règne: le maquillage durcit ou coule, les fronts et les gorges transpirent. Tu voudrais t’endormir et mourir assis.

Un claquement des portes comme le coup de bâton du maître zen.

Gestes, visages, lumières, pensées: dans la répétition ce moment est unique.

Minutes de la multitude #14

Si fière et si féroce, et assise, immobile à par la lance de ses regards, et lointaine encore plus, les yeux tournées à l’extrême vers la fenêtre.

Devant et presque au dessus de moi, le visage serré et sérieux, le regard lancé vers le sol. Est-il puissant?

La laideur t’attire comme un puits.

Minutes de la multitude #13

Portes ouvertes: serrés, défilant,visages, cuisses, chevelures, mains, bustes. Les lignes des regards forment des étoiles. Empilement des images qui se recouvrent avant d’être contemplées et qui reviendront dans la grande nuit du désir.

Une torsion le parcourt des pieds à la mâchoire, puis jusqu’aux bras, et le regard jeté dehors, vers le haut.

Son nom est dédain. Puis elle sourira.

Minutes de la multitude #12

Dans la nuit, le train accélère, se hâte, court. On pourrait se réveiller à Venise ou à Valparaiso.
C’est seulement une impression: tout est dans l’ordre et les horaires sont respectés.

Elle monte, fine, s’assoit et ses cuisses se révèlent rondes. Son visage est long. Elle porte une cravate et deux portions de pâtes emballées dans des conteneurs en plastique. Un sourire donne l’étendue de son bonheur et ses yeux celle de sa beauté en cet instant.

Les passagers sont distants. Ils s’ignorent paisiblement. Société de solitaires.

Minutes de la multitude #11

Il y a du vert au dessus de ses yeux et elle parle seule dans la lumière douce du matin de l’automne.

Appuyé sur la paroi, le dos se détache, revient se poser, la tête et un bras se soulève, se déplie et vient empoigner la porte et la tire d’un coup violent.

Un jour tu monteras dans le train pour la dernière fois, sans le savoir. Rien ne restera de toutes les bulles de temps. Aucun souvenir, ni en toi, ni chez les autres, ni dans le train. Pas même un fantôme.

Minutes de la multitudes #10

Après plusieurs mois, à nouveau sur la ligne. Pas une seule fois on n’y avait pensé. Rien n’a changé. Était-ce hier? Tout ce que j’ai traversé s’efface. J’attends l’arrêt.

Les pierres posées sur les tôles faisant office de toit. Les déchets sur les rives du fleuve sale. Les lambeaux de phrases portées hors des bouches par la vapeur.

L’intervalle entre le claquement des portes se fermant et le départ de la rame. Et l’inverse à l’arrêt. Faille du silence.