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Tristan Mat

Minutes de la multitude #2

En face, une rangée de sièges vides. Ceux qui devaient partir sont déjà partis. Restent les retardataires, les touristes, ceux qui vont à la ville pour un seul rende-vous, une seule visite, ceux dont les horaires sont décalés.

L’odeur de la pluie entre par les portes ouvertes. Sur le sol des archipels brillants d’eau. Au démarrage, une tache convexe concentrée se dilate, devient une ligne qui s’étend puis, sous l’effet d’une ultérieure variation de vitesse, se réunit à son point de départ. Quand mes yeux reviennent vers la formation, deux chaussures d’homme pointues l’immobilisent.

Minutes de la multitude #1

Il monte. Je reconnais son maillot: forme, couleurs, écusson. C’est celui que je porte. C’est mon maillot mais je ne suis pas à l’intérieur. Un autre torse, une autre tête, des autres bras. Sa peau est noire, il est âgé, il porte une casquette, marche lentement en traversant la voiture vide. Échanger nos existences? Il ne fait que passer devant moi. Il descend du train.

Il est midi. Une journée dernière moi, une autre devant, séparées. Je suis seul dans la voiture. Le train continue d’avancer, de trembler, qu’il y ait ou non des voyageurs. Puis-je dire que la voiture est à moi? que j’en suis le maître?

Elle frotte la tranche de sa main sur la lame du ticket de transport. Son regard de promène lentement, comme à distance, de loin et porté dans le vague. Mes yeux reviennent sur la main qui passe et repasse sur le tranchant de la main