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Tristan Mat

Eté 2015 – 5 – Gant

Ce n’était qu’un gant jeté par terre. Au milieu de toutes choses abandonnées. En quoi, je ne sais. Gants de peau, gants de chien, gants de fil. Il était aplati, deux doigts repliés, mudra dans le plan. Gant d’oiseau. Et dans le jour établi, vous n’en avez pas les gants, je songeais à la main qui le remplissait, gant bourré, et l’avait abandonné, avait fui, peut-être tranchée et bue par le fleuve, ou bien nue, caressant, enlaçant, enveloppant dans la ville où j’avançais, fil à gants, je tournais, je montais, et l’autre soustraite aux regards encore, lovée. Gants d’ambre, gants de jasmin, jusqu’à la nuit, seul dans la chambre. Au théâtre passent et jouent les visages, les cuisses, les bouches, souples comme un gant. J’écrase contre moi l’oreiller, et glissant, coulant, j’enlace. Elle perd ses gants pour moi. Mes bras se rencontrent sur mes épaules et sur mon dos, l’air de l’hiver, une caresse de plus en plus appuyée vers le cou. Un gant violet.