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Tristan Mat

La mer supérieure – Paul Claudel

Ayant monté un jour, j’atteins le niveau, et, dans son bassin de montagnes où de noires îles émergent, je vois au loin la Mer Supérieure.

Certes, par un chemin hasardeux, il m’est loisible d’en gagner les bords, mais que j’en suive le contour ou qu’il me plaise d’embarquer, cette surface demeure impénétrable à la vue.

Ou, donc, je jouerai de la flûte : je battrai le tamtam, et la batelière qui, debout sur une jambe comme une cigogne, tandis que de l’autre genou elle tient son enfant attaché à sa mamelle, conduit son sampan à travers les eaux plates, croira que les dieux derrière le rideau tiré de la nue se jouent dans la cour de leur temple.

Ou, délaçant mon soulier, je le lancerai au travers du lac. Où il tombe, le passant se prosterne, et l’ayant recueilli, avec superstition il l’honore de quatre bâtons d’encens.

Ou, renversant mes mains autour de ma bouche, je crie des noms : le mot d’abord meurt, puis le son ; et, le sens seul ayant atteint les oreilles de quelqu’un, il se tourne de côté et d’autre, comme celui qui s’entend appeler en rêve s’efforce de rompre le lien.