Catégorie : Dictionnaire
Amulette

Objet, tu es objet de l’élection. Tu es le complémentaire du monde, minime refus absolu. On te pose dans la main qui s’est courbée, qui se refermera. On t’assigne un fond de poche, un soufflet de sac, le rivage boisé entre la falaise des livres dressés et le vide de la chambre, l’autel de la dernière image avant le sommeil. Tu es l’objet d’un regard secret paré de peur et d’abandon qui t’enveloppe, t’enroule et t’avale presque. À ta forme singulière, le désir assigne une âme arbitraire. Dans la petitesse, ton sexe n’est qu’une perle qui n’a pas choisi.
Frôlement
Le possible : cela aurait pu finir d’un coup, mais cela continue, dans un bref étonnement, une bouffée d’euphorie avant de regagner le morne, la palude oublieuse. Deux faces dans le même instant : duplicité du réel et de l’observatoire. La pièce tourne sur elle-même, verticale avant de s’affaisser et de s’immobiliser. Il était écrit stop sur le pare-brise.
La carte #336
La figure est seule sur la carte. Un cadre en sus. Elle ne connaîtra son envers que par celui de ses semblables sans savoir s’il est semblable au sien. Elle suggère, invite, dicte, dévie, commande et elle ne saura rien du jeu mouvant, du ballet de la lumière: elle siège dans l’immobilité, un nombre – hors épaisseur.
Lassitude
Les vêtements tombés à terre, emmêlés, sans râle, insoucieux de tout. Ou bien, accrochés près de la fenêtre ouverte, visibles depuis le banc en bas dans la rue, aplatis, réduit à un contour, uniformément noir et plus sombre que la nuit.
Rencontre
Des trains se croisent sans se heurter, sans provoquer de catastrophe. Ils s’approchent l’un de l’autre. L’air claque de leur vitesse additionnée au moment où ils se frôlent, puis l’espace croit à nouveau entre eux, l’espace s’ouvre, englobe les gares, les tunnels, les prairies et, si la notion est maintenue, l’univers tout entier. Rêvant, considérant la courbure de l’espace, on pourrait imaginer une autre rencontre, tout ce qui s’éloigne finissant par se rapprocher, mais l’éternel retour entrant en jeu, la scène se reproduirait à l’identique. C’est sans compter que les trains s’arrêtent, sans compter la vie des gares, l’usure mécanique, les déraillements, sans compte le sillage de la mélancolie – le paysage entrevu et de suite rejeté, étiré, l’immobilité du corps guignant le défilement du monde – et l’uchronie réalisée: tu es monté dans l’autre voiture, tu es descendu dans cette gare accueillante, inconnue.

