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Tristan Mat

Minutes de la multitude #25

Tu es dans le tunnel, non dans le train. Le tunnel rappelle seulement l’enfermement.

Regards privés de visages. Rien que l’ennui, la fatigue.

La beauté me frôle comme j’écris. Elle descend du train pour monter dans celui qui est de l’autre côté du quai.

Minutes de la multitude #24

Yeux au-dessus du masque qui me fixent. Elle n’est que regard.

Il s’est levé. Il est debout contre la fenêtre à peine descendue, suffisamment pour son regard vers la prairie baignée par la lumière oblique d’un matin. Il s’immobilise.

La joie seulement dans mon regard, pas dans le monde. Est-ce que mon regard touche le monde?

Minutes de la multitude #23

A chaque extrémité de banquettes adjacentes assises, elles forment par leurs mots et leurs regards un carré, un table presque. Un angle est silencieux, abaissé, se résolvant en un chignon noir, haut – le plus proche de moi.

Je m’endors, le rêve qui défile à la lisière, la lumière de l’après-midi hachée traversant les paupières.

Le stylo tombe sur le sol : voyage.

Minutes de la multitude #22

Ne considèrer qu’une feuille de papier sur le plancher sale.

Roulis, bruits de de freinage et d’aiguillage, portes claquant. Seule change la saison et plusieurs fois en un seul trajet.

On entre dans le tunnel en train, on en sort à pied vomi par la gare où il aboutit.

Minutes de la multitude #21

Vue plongeante sur un sac de femme ouert: des plis.

Les cheveux sont tirés en arrière. Le visage est serré vers l’intérieur. Les lèvres ne passent rien. Les yeux broient des larmes pour qu’elles ne s’échappent ps.

Dans la foule serrée et immobile de la voiture au matin, pourquoi le mot chevaux, par erreur ?

Minutes de la multitude #20

Une vie qui ne serait que matin d’été, éveil, lenteur.

Oui, c’est ici dans la fraicheur, dans la lumière douce, dans les retrouvailles avec la quiétude qu’a lieu le retour à l’antique révélation: tu seras séparé, éloigné. Tu partiras.

La fatigue, ayant pris forme de ton corps, s’insurge.

 

Minutes de la multitude #19

La beauté, bizarre, et claquent les roues sur les raccords des rails.

Des chaussures sales, blanches, craquelées. Chevilles découvertes. La lumière est là. Elle est partout.

Ils sont dans leur vie sans hésitation: colliers, rendez-vous, récits, sourcils.

Minutes de la multitude #18

Tout est géométrie et motifs, et crasse et rouille.

Immobilisation: le réel.

Claques violente de la lumière et de l’ombre: l’hiver est sans fin.

Minutes de la multitude #17

Ella a deux deux paires de lunettes. Elle est assise dans un coin, de biais. Elle lit que le hasard n’existe pas.

Il tombe, il est tombé, affaissé. Il épouse le siège, le mouvement. Il est au temps.

Plus tard: aucun autre visage ne revient, seule la sensation certaine des corps en nombre.

Minutes de la multitude #16

Les lettres s’amincissent, se décollent, s’enroulent. Elles finiront par s’émietter, tomber. Le train ne s’arrêtera plus. Il s’arrêtera dans un lieu sans nom. Monteront et descendront des fantômes.

Conjecturant d’une chevelure, de jambes gainées de noir. Investissant le vide. Évitant le face à face avec le double.

Arrêt demandé. Arrêtez-moi. Arrêtez-nous. Désir d’être aux arrêts.