Catégorie : Onzains

onzain #33

est-ce que j’aime autre chose que l’escalier ?

est-ce que j’aime autre chose que la splendeur en double ?

est-ce que j’aime autre chose que des points ?

est-ce que j’aime autre chose que le mot dans l’amour ?

est-ce que j’aime du temps autre chose que la plaine ?

est-ce j’aime autre chose que toi pli ?

est-ce que j’aime autre chose de la nuit qu’être seul ?

est-ce que j’ai aimé autre chose que des lettres une à une ?

est-ce que j’aimerais enfin au fond ?

est-ce que j’aime autre chose que la coriandre ?

est-ce que j’aime autre chose que la question ?

onzain #32

tout le monde ressemble à un point noir

tout le monde ressemble au chien perdu

tout le monde ressemble à un parapluie jaune

tout le monde ressemble à quelqu’un

tout le monde ressemble à l’unique au sale

tout le monde ressemble à une carte postale

tout le monde ressemble au doute à l’aube

tout le monde ressemble à ton doigt petit

tout le monde ressemble à tout le monde

tout le monde ressemble à un souvenir faux

tout le monde ressemble à une différence

onzain #31

dans les mots comme dans une boîte

dans les mots comme entre entrée entrez

dans les mots comme sur la métaphore

dans les mots comme sans la plaine

dans les mots comme hors ligne

dans les mots comme sous la glace

dans les mots comme aux chiottes

dans les mots comme temps au revers

dans les mots comme au bord d’une grille

dans les mots comme fond de parking

dans les mots comme demain nu

onzain #30

chaque fois que je lis segalen, il me semble entrer dans un coffre-fort du temps

chaque fois que je lis dante, il me semble découvrir une nouvelle vallée

chaque fois que je lis kafka, il me semble être un frère

chaque fois que je lis bataille, il me semble soulever une jupe

chaque fois que je lis montale, il me semble que le miroir ne ment plus

chaque fois que je lis paulhan, il me semble que le simple est l’avers du mystère

chaque fois que je lis beckett, il me semble laisser le bagage

chaque fois que je lis lautréamont, il me semble être la cervelle du jaguar

chaque fois que je lis ponge, il me semble que les mots se détachent

chaque fois que je lis duras, il me semble monter dans l’enfance

chaque fois que je lis chazal, il me semble que la couleur est eau de vie

onzain #29

être chez soi comme un Anglais

être dans la nuit comme un voleur

être dans un couloir comme un peintre

être dans la musique comme un Gitan

être dans l’attente comme l’amnésique

être vers le vide comme un Navajo

être près de la mort comme un marin

être dans la plaine comme un Russe

être dans le rêve comme un aigle

être encore comme un survivant

être au lit comme deux amants un

onzain #28

je me souviens que Blaise Cendrars conduisait son Alfa d’un bras

je me souviens que Michel Foucault avait une Jaguar en Suède

je me souviens qu’avec ses droits d’auteurs Paul Morand se faisait construire des carrosseries sur mesure

je me souviens que Julien Gracq avais usé deux Deux Chevaux

je me souviens que la voiture de l’enfance était celle-là même que Marguerite Duras conduisait ivre

je me souviens que Jude Stefan avait une Ferrari d’occasion

je me souviens que Roland Barthes avait écrit la mythologie de la déesse

je me souviens d’une R5 blanche à côté de Maurice Blanchot sur le parking d’un supermarché sans savoir si c’était la sienne

je me souviens que Raymond Roussel avait inventé le camping-car

je me souviens que Jules Bonnot et ses camarades propageaient la bonne parole à bord d’une Delaunay-Belleville

je me souviens que ma voiture est sans nom

onzain #27

On doit écrire un poème pour son anniversaire

On doit célébrer les cendres et le vers est trop court

On doit pour un jour user de majuscules

On doit oublier de donner le couteau en offrande

On doit aller au paysage pour quelques heures

On doit se présenter à la douceur de l’être

On doit dire comme l’eau tombe des mots simples

On doit se taire être musique anonyme

On doit aimer sans chercher sans choisir

On doit être face aux dons dans la lumière

On doit méditer l’inanité du nombre

onzain #26

je t’attends comme on attend un fleuve

je t’attends comme on attend le fils

je t’attends comme on attend sel sur lèvres

je t’attends comme on attend seul

je t’attends comme on attend le vent mourant

je t’attends comme on t’attend, silencieuse

je t’attends comme on attend enfin

je t’attends comme on attend d’entendre un nom

je t’attends comme on attend la nuit devancière

je t’attends comme on n’attend plus l’amour

je t’attends comme on attend un chien pissant

onzain #25

tu dors cet instant rêve

tu dors à la conférence des murs

tu dors tes jambes s’ouvrent

tu dors la plaine unique est saison

tu dors une pierre sous le lit

tu dors le verre d’eau prie

tu dors longeant l’autre ailleurs

tu dors qui sourit ton sourire

tu dors le temps de plusieurs

tu dors ta pluie est silence

tu dors loin de ma phrase

onzain #24

– Que faites-vous dans la vie?
– Je fatigue.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je caresse les courbes.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je glisse glaçant.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je m’oppose aux présents.

– Que faites-vous dans la vie?
– Vous, moi, et l’autour vaste.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je passe des tours.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je fais minuscules les miracles.

– Que faites-vous dans la vie?
– J’exhorte des questions.

– Que faites-vous dans la vie?
– Je mords à la douceur.

– Que faites-vous dans la vie?
– Des réussites, des patiences, des échecs.

– Que faites-vous dans la vie?
– J’ouvre la porte enfin.