#2080

dans le silence une mouche
le silence est par elle
par elle je sais le matin
le vide rayonne doucement

union

au-dessus la beauté ciel nuages signes

au-dessous la beauté feuilles sable oubli

devant la beauté chemin mur sourire

derrière la beauté porte vallée matin

dedans cachée la beauté brûle

(d’après des phrases de Mélanie Leblanc)

Minutes de la multitude #37

Je fixe la page noire, pour éviter du regard les mots, voisins et invisibles, les laisser s’approcher. Je reviens à, sent le mouvement dans mon corps, relève la tête, découvre des visages penchés, chacun sur sa page grande comme une palme.

Et l’été encore là, dehors, immobile, s’embrasant, s’achevant.

Étonnement, oui, qu’il y ait une vie, des bonheurs, des choses allant à leur fin, et d’y être, peu, presque, peut-être pour peu encore, dans la fin et dans le matin.

dual #21

Photographie de snapf21

Savoir être dans le lointain, le déjà. Le regard n’a plus à se soulever, à faire flèche, il s’abandonne à une paresse myope, il s’élargit. Les idées d’horizon et de mur sont inutiles, se perdent, et bien d’autres. L’imparfait s’est imposé, repoussant le récit. La pensée est étrangère, extérieure, brume. Le mot de voyage n’a pas été prononcé. Le tien est secret au silence.

#2069

nous sommes la nuit encore
plausible pâle le matin nie
samedi enfants perdus
que faire de l’heure

Jean Rouaud – Des hommes illustres

Les hauts murs forcent à lever les yeux. L’absence de couverture découpe un large rectangle de ciel où trempe comme un pinceau la pointe fine d’un cyprès. Peu de bleu qui inviterait à une échappée verticale, ou par flaques, comme des trous d’eau entre la masse des nuages qui roulent à gros bouillons depuis l’Atlantique, ou s’effilochent, mal cardés, ou moutonnent, petites pelotes cotonneuses qui annoncent les lendemains de pluie. Un bleu parcimonieux, pâle, à fresque. Un bleu pauvre face à l’éclatante richesse des gris, entre perle et cendre, chinchilla et suie, lavis mouvant qui superpose ses brumes. Si la tête vous tourne à suivre les nuées, baissez les yeux, ouvrez une huître, décortiquez une moule : toutes les nuances des ciels de l’Atlantique sont répertoriées dans la nacre de ses coquillages. L’été, ce pré de ciel au fond du jardin est envahi par des colonies de martinets et d’hirondelles qui font du toit de l’église leur résidence secondaire et occupent leurs vacances à décrire en vol de joueuses arabesques, grand corps souple ondulant à la manière des paramécies et alimentant de ses petits cris stridents la poignée de beaux jours.

#2065

pas de nuit des couleurs
pesant à l’œil l’ombre
frêle les chats en fuite
vent si léger qu’il sauve 

#2062

le peu de lumière
du ciel arrive
aux rues sombres
nul doigt vers la lune

#2061

des pas une parole
reviens je me retourne
le silence vibre comme
s’il y avait des dieux

#2057

soir lavé par le sommeil
dans le vent chaud
près des nuages bleus
l’infinitif est un don
face à la fontaine