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Tristan Mat

Comme ils sont enfants

comme ils sont enfants ils dorment

main tenue comme

souffle compagnie jusqu’au seuil 

je les regarde la lumière est encore là 

pour moi le mur nuit est son envers

du temps

rose froissé

ô rideaux

#987


tu as beau regarder la lampe


(la nuit veille sur les fils)


tu es dans une erreur de silence

Onzain #20

Le plus beau dans la nuit, c’est l’eau.

Le plus beau dans l’amer, c’est l’alcool.

Le plus beau dans le noeud, c’est la danse.

Le plus beau dans le nom, c’est toi.

Le plus beau dans la chute, c’est l’ami.

Le plus beau dans le bleu, c’est la joie.

Le plus beau dans l’attente, c’est l’attente.

Le plus beau dans la pluie, c’est le siècle.

Le plus beau dans les yeux, ce sont les mains.

Le plus beau dans le mur, c’est le ciel .

Le plus beau, c’est encore une larme.

10/01/2020

Série : Onzains

#900

l’univers est fait de cordes
elles se balancent à la porte du bar
en l’absence de tout vent
les nouvelles sont sur la feuille
elles n’ébréchent pas le temps
je suis dans le paysage
(ciel sans mouette)
à côté de la tasse
vide à une goutte de café près

#896

À côté, oui, je regarde à côté, je fais à côté. Je suis à côté, on me dit dans dedans. Reproche : tu n’est pas assez dedans. Lorsque j’ai appris à écrire, j’étais fasciné par la simplicité du mot dans, court et séparé pourtant des autres. Quatre lettres : assez pour faire un carré. La vie, trois lettres, est une affaire de prépositions, peu importe le contenu. Où es-tu par rapport au carré? Où places-tu le carré? Où regardes-tu? Dans? À travers? Hors? Où es ton mur? Quelle est ton énigme? Ton carré noir?

Image de Olivia De là

02/01/2020

Série : Dual

Exercices d’illuminations #23


Il y a une seule ville. L’offrande des pas au hasard rappelle le rêve. Il faut aller au gris pour que les phrases se délacent et viennent baver dans le ventre. Peu importe le pas de danse, le ralentir encore, que chaque pas soit chute sauvée au dernier moment, ô invention de la virgule. Oublier la beauté pour tout accueillir. Pas de centre dans le labyrinthe, nul besoin de recevoir cet enseignement. Recevoir la géologie du temps, voilà l’exploration. L’illusion du réveil, le sommeil profond ne sont que des respirations, regards aux nuages. Il n’y a qu’une marche.

#890

Être ravi par la neige, voilà ce que j’appelle écrire.

D’un mouvement circulaire de la main sur la toile cirée, en plusieurs passages rassembler les miettes en une colline aplatie et la pousser pour les faire tomber à la limite de la table dans l’autre main en forme de coupe, les jeter dans la bouche grande ouverte, renversée en arrière, voilà ce que j’appelle écrire.

Assis dans une voiture à l’arrêt, à côté de l’enfant endormi, regarder les gouttes de pluie glisser sur le pare-brise en sinuant, accélérant, se rejoignant et se fondant, peu à peu troublant la vision, et par un coup d’essuie-glace, rendre la vitre transparente, voilà ce que j’appelle écrire.

Hors de tout regard, enlever ses chaussures puis ses chaussettes, dédaigner le monde proposé par la fenêtre, de la pointe du couteau racler la pâte noir accumulée sous les ongles du pied posé sur le genou, recueillir les fils de laine ou de coton arrachés par frottement et les enrouler en un cocon qui pourrait accueillir une fourmi, arracher un ongle qu’on laissait croître à dessein, voilà ce que j’appelle écrire.

Fermer les yeux et s’approcher d’un sexe, entrer dans son odeur, sentir les poils sur son visage, oublier le nom de l’amour, et comme le plongeur qui revient à la surface, ouvrir la bouche, voilà ce que j’appelle écrire.

Se taire jusqu’à sentir la forme des phrases dans son corps, voilà ce que j’appelle écrire.

S’asseoir devant la table de la cuisine après avoir lavé la vaisselle et balayé, quand les autres sont allés au lit, en compagnie d’un verre d’eau, de l’horloge au mur, de la fatigue, voilà ce que j’appelle écrire.

Regarder les rainures du parquet, la forme des nuages, la condensation sur une vitre, le mouvement de la mouche, les frissons de l’eau d’une flaque sous le vent, regarder jusqu’à oublier son regard, jusqu’à s’oublier, voilà ce que j’appelle écrire.

Marcher en descendant l’escalier, puis dans la rue, entrer dans l’épicerie, contrôler chaque pas, ralentir chaque mouvement, retenir ses mots et demander sobrement une bouteille de vin, aux questions répondre que la précédente a été perdue, s’en aller en ignorant les rires et revenir chez soi, voilà ce que j’appelle écrire.

S’asseoir, fermer les yeux, laisser venir chaque sensation, chaque douleur, les laisser tomber, se déposer en offrande, faire face à ce qui s’ouvre sans savoir si c’est silence ou vide, entrer, laisser cela encore, voilà ce que j’appelle écrire.

Ne pas écrire, voilà ce que j’appelle écrire.

Oloé 26/11/2019

26/11/2019

Série : Oloé

Samedi fasciste #4

Le mot Donc, venu de l’enfance, pour appuyer les rêves poursuivis et sceller les augures.