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Tristan Mat

#1483

l’arbre au soir indifférent
le gravier est mutique
l’allée n’a pas de nom propre
un tableau dis-tu devant l’espace
ajoutant ignorons que dans
est le mot le plus fréquent
je n’ai pas fui le théâtre
lorsque le vent tu seras cendre
chaude et puis le banc
je tremble sur l’aire
l’arbre est au silence

#1479

Fixe, pour ne pas se retourner, comme si cela tenait à distance le chœur, les murs encerclant formant place, deux yeux plein cintre sont les seules portes vers le labyrinthe du bourg glissant jusqu’au pré minuscule créé par le tremblement de terre et les grilles devant le vide. Accolées les façades: la maison de dieu, celles de ses hommes, celle des riches du Nord à trois étages et salon de musique, l’Égyptien qui tient le bar, le cavalier qui tourne les îles en nageant, la sœur de la veuve du chef d’orchestre mort dans un accident d’avion, l’Anglaise et son mari qui louche et promène le chien, le musée du peintre aveugle où se tiennent les réunions du comité central, une portion de château  appartenant à une société domiciliée à Monaco, le couple de soigneurs de fous, Cornélius, peintre de murs, les parents de la plus belle fille du village, celui qui cherche des compagnons pour aller en Sibérie. Au centre le feu, allumé une fois par an, et c’est la croix de bois au sommet du bûcher à s’effondrer en premier, les bêtes tournent autour, il brûle toute une semaine et six mois plus tard, l’enfant de trois ans désigne son emplacement.

11/06/2021

Série : Reste

#1473

Il n’y a pas de passage entre le proche et l’infini, entre un mur et le fond du ciel: une arrête, une ligne mathématique sans profondeur. Les deux densités extrêmes de l’espace, le plein et le vide, juxtaposées l’une à l’autre. Et l’oeil à l’extérieur contient les reflets d’une moitié de l’univers. Une mouette posée, crée l’entre-d’eux. Elle est dans le ciel, excepté le bref contact des pattes qui se balancent et se reposent en claquant. La tête tourne et l’oeil rond fixe les autres yeux. Larmes ou rire, larmes et rire.

10/06/2021

Série : Reste

#1467

sur la table matin miettes
comment le regard penche t-il
une heure là en considération
aller tourner compter être est peu
transparence de la double page
une rampe pari l’immobilité

#1458

l’œuvre du couteau sépare
en deux parties égales le citron
seule perfection du jour
l’écrasée pour offrir des larmes
aux feuilles amères en disque
l’autre intacte dans la main
inutile à neuf heures du soir

dual #15

« les possibles – écarlate sans cadmium », aquarelle 21 x 33,5 cm. 

Joëlle Bondil


Comment sais-tu que c’est une île, si tu n’en n’as pas fait le tour. Il disait cela,sa première phrase au matin alors que j’étais assis, lui debout, le soleil dans le dos, en face de moi. Il faudrait en faire le tour en une seule fois, ajoute-t-il. Je hasarde : sans rencontrer la nuit. Il hésite, il acquiesce. Il baisse la tête pour la relever et brièvement sourire. Il court, il ne peut que courir, tout de suite au-delà de la terrasse, buissons, le pli de l’herbe, le vallon. Quand il revient, je suis assis, je n’ai pas bougé, le soleil s’est élevé, des gouttes de sueur sur son front : les compter, ce serait savoir le nombre de ses années. Ses traits sont nets. Il raconte. Il y a encore une mare, une seule, la dernière. Elle sera bientôt flaque, de la taille d’un chien, d’une main. Il a encore vu le ciel à ses pieds, cerné par la terre sèche. Il dit, comment savoir si l’île est de terre ou de mer.

07/06/2021

Série : Dual

L’eau continue de couler sous le pont

– Vouloir, voici la folie
– Il y en a quelques autres
– Ce serait prétendre se sculpter soi-même
– Tu préfères donc t’offrir au vent et à la pluie
– N’être que soi, ne rien vouloir d’autre
– Tu te voudrais en dehors, n’importe où en dehors
– Non, simplement ne rien vouloir
– Vouloir ne pas vouloir
– Non, ne pas être dans la poussée, le gonflement, connaître le bonheur des pierres
– Les pierres ne sont pas heureuses
– Comment le sais-tu ? Tu n’es pas une pierre
–  Et toi, tu n’es pas un poisson

04/06/2021

Série : Reste

#1450

j’ai cru lire le mot barque
la page était toute à l’ici
vouloir être libre c’est la prison

#1442

sa tasse seule sur la table
moins qu’une gorgée écho
béance il est onze heures

#1440

odeur le temps d’un pas
enfance depuis les murs
c’est le doute du rêveur
puis un chat passe roux