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Tristan Mat

La lente procession des pronoms

La lente procession des pronoms,
les noms. Les adjectifs, les auxiliaires.

Toujours tu espérais dire l’instant
entre signifiant et signifié.

Entre nous, ce pont malade.
(Je le ferai tomber, avant que tu ne viennes)

Giulia Martini – Traduction TM

La lenta processione dei pronomi,
i nomi. gli aggettivi, gli ausiliari.

Sempre speravi di dire l’istante
tra significante e significato.

Tra di noi c’è questo ponte malato.
(Ma lo farò crollare, prima che tu venga).

#607

J’étais sur la route
Une seconde pour la vie et
Tu ne m’as pas regardée
— Mais qu’espères-tu des yeux ?

Michel Deguy

Minutes de la multitude #16

Les lettres s’amincissent, se décollent, s’enroulent. Elles finiront par s’émietter, tomber. Le train ne s’arrêtera plus. Il s’arrêtera dans un lieu sans nom. Monteront et descendront des fantômes.

Conjecturant d’une chevelure, de jambes gainées de noir. Investissant le vide. Évitant le face à face avec le double.

Arrêt demandé. Arrêtez-moi. Arrêtez-nous. Désir d’être aux arrêts.

Samedi fasciste #1

Porte comprise
Porte facile.

#599

si lentes

à tomber

si jaunes

LE GRAND JEU – Julien Gracq

Ce je ne sais quoi d’inconsistant qui flotte sur les quartiers proches des gares — la fécondité des grands nuages blancs de juin sur les prairies vertes, tout mangés d’azur sur les bords comme des veines bleues qui deviennent lait dans une mamelle — ce tendre glacis d’eau sur les yeux, sur les lèvres, cet ombilic de Vénus anadyomène par où baignera toujours pour moi dans quelle eau-mère la plus touchante des femmes — le hérissement soudain des eaux et des feuilles dans la lumière poudreuse d’un matin d’été brumeux le long des prairies couchées et des saules des grands fleuves — ce choc au cœur devant les paysages solennels de clairières, plus émouvantes entre les lisières de forêts rangées que le champ de bataille encore vierge, le concert prodigieux de silence qui sépare deux armées avant le chant de la trompette — ce tendre rose de fleur, cette effusion de pétales qui s’éveille au cœur du métal chauffé et rougit pour moi seul les grands drapeaux de tôle, l’estampage immaculé des arums et des lis, — le crépuscule soudain, la petite mort mélancolique des cloches dans les après-midi écrasés de soleil des dimanches — les grands sphinx qui s’allongent au crépuscule sur les étangs brumeux des stades — le front à perte de vue sur les plaines d’un bois de légende comme le mur d’une cataracte de silence — aux douze coups de minuit le fantasme interdit d’un théâtre d’or et de pourpre, glacé, nacré, cloisonné, lamelle comme un coquillage, déserté comme une termitière après l’égorgement rituel, dans un maëlstrom de pinces et de griffes, du couple royal — les délirantes géométries euclidiennes des gares de triage — les majestueuses processions de meubles d’un autre âge, les grands charrois de lits-clos des trains de marchandises, — le visage souverain, clos et scellé comme un marbre, d’un coureur de demi-fond suspendu au-dessus d’un virage, comme un homme qui plonge à cheval dans la mer — le mancenillier abondant des lustres de Venise — le charme des forêts désaffectées des environs de Paris, où parfois un seul château d’eau veille sur d’immenses solitudes — j’ai parfois songé à retourner ces vignettes obsédantes, ces tarots d’un jeu de cartes fourbe — à chercher pour qui ces figures à jamais en moi singulières pouvaient n’avoir qu’un même envers.

#592

les plongeurs trouent l’eau

ils tombent encore
dans le fond du rêve

#587

pointe orange tiré du noir
saut sur deux i
en avant du mot corneille

#583

immobile
le fil de la fontaine
inlassable

#579

à peine des points les poils sur son aisselle offerte
elle rallume souvent une cigarette fine
ses jambes sont croisées et sur la chaise
des bagues des tatouages des lunettes à forte monture
il est dix heures et la terrasse sera bûcher
elle écrit ou dessine et je la regarde en écrivant
elle est vêtue de noir nul ne le lit le sable