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Tristan Mat

Minutes de la multitude #24

Yeux au-dessus du masque qui me fixent. Elle n’est que regard.

Il s’est levé. Il est debout contre la fenêtre à peine descendue, suffisamment pour son regard vers la prairie baignée par la lumière oblique d’un matin. Il s’immobilise.

La joie seulement dans mon regard, pas dans le monde. Est-ce que mon regard touche le monde?

Minutes de la multitude #23

A chaque extrémité de banquettes adjacentes assises, elles forment par leurs mots et leurs regards un carré, un table presque. Un angle est silencieux, abaissé, se résolvant en un chignon noir, haut – le plus proche de moi.

Je m’endors, le rêve qui défile à la lisière, la lumière de l’après-midi hachée traversant les paupières.

Le stylo tombe sur le sol : voyage.

La rêve

Le sordide est une couleur dans le froid du matin, la rue sinue, devient place, seuls sont les pauvres pour prendre le pain.

*

Elle, encore, et pour nous, entre nous, la voiture de l’oncle mort, arrondie.

*

Triangle, et la question de la consistance.

*

Nous nous aimions et je ne savais quel était son nom, celui où il y avait l’amour, ou bien celui de sa naissance, repris depuis peu.

*

Une bouche à qui j’offrais l’étouffement, un honneur, mes mains inertes, je ne les voyais pas.

*

L’intervention: bris de briques poussées au fond de la niche creusée dans le mur.

*

Le chanteur quelconque est mort, qu’est-que cela me fait me demande mon frère.

*

Elle dit qu’elle dit qu’elle a un loup en elle.

*

Un sac de riz – plus qu’à moitié vide mais lourd encore, posé, s’étant affaissé, tassé. Aucun mouvement n’était pensé. Est-ce que le carrelage gris qui le supportait s’étendait hors des limites du regard? Et quoi, au delà des raisons, des raisonnements, des explications, des interprétations, des élucidations?

*

Ampleur et lenteur. Accepter d’être long et négocier l’élargissement des courbes. Braque, braque, disait le père, rude. Promener un plateau serait-ce mieux que promener un miroir? Oui, pour les jambes ballantes des enfants.

*

Il y avait des portes. Il n’y avait qu’elles en quinconce, formant un labyrinthe, fermées, ouvertes, ou dans l’hésitation, immobilisé par le doute dans l’entre-deux. Je pouvais les éviter ou les traverser ; en aucun cas je n’échappais au ciel et l’enfermement n’était plus pensable. Toujours j’allais dehors, toujours j’étais arrêté.

13/09/2020

Série : Reste

#1259

te garder
sur mes doigts
à la nuit

#1250

je te pense
dit la langue
de mes jours

#1248

lumière à l’égal des murs
l’eau est proche et son rêve
je t’appelle de dos faïence

#1245

et si tu vois mon nom
au soir échappé
reste amie silence

#1241

c’est l’été midi
l’écorce
reste la proie du regard

#1238

trop seul trop d’être
filin tendu à rompre

tel vitre sur le paysage
trompeuse de transparence

en sa luxure l’herbe
est coupée mais d’odeur

enivre ce qui n’est pas
souvenir ni bonheur

nulle épée sur la pierre
de la fontaine sans témoin

#1235

ne restent que les chiens
à s’entretenir dans la nuit
(je suis tu)

tapis la rue où tomber
la grille pour tango

il y a eu un puits
mais
le cercle répété