Catégorie : Dual

dual #21

Photographie de snapf21

Savoir être dans le lointain, le déjà. Le regard n’a plus à se soulever, à faire flèche, il s’abandonne à une paresse myope, il s’élargit. Les idées d’horizon et de mur sont inutiles, se perdent, et bien d’autres. L’imparfait s’est imposé, repoussant le récit. La pensée est étrangère, extérieure, brume. Le mot de voyage n’a pas été prononcé. Le tien est secret au silence.

dual #20

Photographie de Fanny Jacquet

Il aura fallu beaucoup de nuit pour arriver, s’astreindre à dire ici sans souci de murs, écarter le mot de secret et accueillir sans se redresser celui de trésor. Susciter est superflu, compter est dédié aux formes qui sont elles-mêmes nombre, la spirale est une idée qui pourrait presque suffire à dire tout l’espace, si ce n’était le rêve.

dual #19

Photographie de Nicolas Vermeulin

oui
tu es là

tu es plus ancien que le monde
que ce monde réduit

tu es
ce pas de plus

es-tu l’unique

étant donné
(ici une pause, son tiret)

où est le temps
percé

la couleur comme trésor
tu la tais

tout à l’ombre
dis-tu

ode en place

ce serait ton chiffre
si

le sang battant l’oreille

dual #18

Photographie de Paolo Pittori

ni heure ni ombre
l’image est à peine nue

(le noir aura victoire
draps en mer étale
paroles debout en murs)

instant sauvé du regard
hors de tout oubli

dual #17

Photogaphie de Sterenn A’nne (sterenn_pi)

la galet était roc
aux humeurs de l’eau
sera sable poussière
l’éclair nous regarde
nous ligne

dual #16

Photogaphie de Sami (b_ruhje)

ton dieu
ne plie pas

l’horizon
est fosse

il agrée
des mots pauvres

absence
unie


dual #15

« les possibles – écarlate sans cadmium », aquarelle 21 x 33,5 cm. 

Joëlle Bondil


Comment sais-tu que c’est une île, si tu n’en n’as pas fait le tour. Il disait cela,sa première phrase au matin alors que j’étais assis, lui debout, le soleil dans le dos, en face de moi. Il faudrait en faire le tour en une seule fois, ajoute-t-il. Je hasarde : sans rencontrer la nuit. Il hésite, il acquiesce. Il baisse la tête pour la relever et brièvement sourire. Il court, il ne peut que courir, tout de suite au-delà de la terrasse, buissons, le pli de l’herbe, le vallon. Quand il revient, je suis assis, je n’ai pas bougé, le soleil s’est élevé, des gouttes de sueur sur son front : les compter, ce serait savoir le nombre de ses années. Ses traits sont nets. Il raconte. Il y a encore une mare, une seule, la dernière. Elle sera bientôt flaque, de la taille d’un chien, d’une main. Il a encore vu le ciel à ses pieds, cerné par la terre sèche. Il dit, comment savoir si l’île est de terre ou de mer.

dual #14

Photographie de Paolo Pittori

ce que retient
le mot drap
seule étreinte
la brume pâle

matin est gésir
point d’argent
points sombres
crois le delta

illisible jusqu’à
la lettre bleue
ailleurs l’ortie
le roman sale

dual #13

il manque des mots
(toujours est en aguet)
aux nuances du bleu
encore agrandies d’ailleurs
d’eau en attente de vent
– ce qui passé nous arrive
cette lumière en don
seuil de grâce

Photographie de Gracia Bejjani

Dual #12

Photographie de Françoise Durif

mot cygne lu
si souvent sans couleur
quand vu caché derrière
le mot la bête sur l’eau
sale sombre de douves
saupoudrées d’éponges
de mie de pain et veilles
poésies revenant en nausées
comme devant l’émail
des lavabos petits
pisse foutre spleen
à regarder les plinthes
sans pouvoir se
perdre aux corridors étroits