Catégorie : Reste

#184

nous (qui énonce mentant?)

allions (nul passé, tout est)

heureux (abstention de l’obscène)

ensemble (désunir, diviser)

cinema trois

c’est le cadeau du frère et la première fois et à quoi s’attendre la déception bien sur mais la surprise surtout et l’espace avant tout dépassant celui de l’église du dimanche et le rouge celui du sang que l’on ne sait pas encore entre les cuisses des femmes ni gonfler lèvres et sexe le rouge sur lequel on est assis et le mineur avec sa trompette venu de loin comme s’il avait inventé ce qui allait suivre et plus jeune par son espièglerie que moi loki insaisissable et tout n’est pas saisi compris ébahi étourdi ne restent sorti dans la nuit comme découverte que les abysses et les sauts ascension dans un orgue et le ciel très haut la peur comme si tout était vrai et l’enchantement et l’amour était là une de ses illusions encore là profond

Le beau froid du sud clair jusque dans la nuit, le fil du couteau, le tranchant du givre, et les étoiles fidèles. Les rues étaient vides, sans ombres, nous marchions vite, dans la joie d’avoir dévoré et bu, et avides encore, nous marchions à trois sans que rien ne s’oppose. Au fond, en haut, de la salle vide, les pieds sur les fauteuils, à regarder les deux filles, belles, sales, perdues, vives. Le plus beau feu est celui des gitans.

Il n’y a pas d’hiver, seulement le soir, le tram pour aller de l’autre côté où la ville devient banlieue et perd l’histoire, l’assoupissement d’après -dîner dans l’attente, le balancement du mot rotaie… et le retour à soi en cherchant l’adresse dans l’opuscule, et après avoir calé les sacs et les membres dans une posture oblique, tout est lenteur. Les plans séquences. Le Tage. Le fado étiré. La main qui coule. Glisse. Se pose sur l’autre main.

Musique de l’ennui

Elle est parfaitement élevée, dressée, droite et assise, de profil, les cheveux lisses, nouées en une queue de cheval verticale, immobile, aux notes arpégées dévalant le clavier elle se lève d’un coup, se bloquant peu avant de rejoindre la station verticale et son bras enjambe la partition pour atteindre l’angle de la page double opposée et au dernier moment la tourne en l’amenant vers elle en même temps qu’elle se rassoit, puis bientôt se relève à nouveau et le mouvement oscillatoire, régulier, silencieux efface peu à peu les nappes, les volutes, les déroulements.

#76

C’est une mer. Étale. Le matin est loin. La chaleur s’est développée, elle donne le ton, contient, enveloppe. Chaque chose est en relation avec elle, et pour chaque chose c’est la relation privilégiée. Le ciel est une brume incertaine, incertaine même d’être brumeuse, l’écume un frisson. Tout est à plat: ne reste que la dimension de la fuite.

Traduction défiant l’auteur

moi, Tristan Mat,
traduisant ce poème,
défie Guy Bennett
de le nier.

#55

Un seul monde pour toute ces vies
Toute ces morts pour une seule lune
Une seule nuit pour toutes les heures
Tous les mots pour le seul silence

tre per tre

dans la tonne de l’été

entre les nodules du souvenir

attendant le vent

*

sueur mon suaire

une traduction parfaite?

sudore mio sudario

*

un carré impair

suit le nombre huit

découpe la journée

Généalogie

On en a trop des maîtres, des faux frères, des camarades, des pères putatifs, des soeurs indécises, des chiens infidèles, des arbres de sagesse, des poètes déchus, des livres à avoir lu, des prophètes qui ont raison, des raisons retournées, des sautes de vent, des phrases en suspens, des faux amis, des frères de sang, des aveux en poussière, des pays natals, des regrets d’être né, des triangulations, des identités remarquables, des maîtresses impénitentes, des paludes, des internationales, des débuts de roman.

Face

Personnages: toi, la table, une bouteille, le verre.

Temps: la nuit.

Lieu: la cuisine.

Action: aucune, le théâtre.