Catégorie : Minutes de la multitude

Minutes de la multitude #37

Je fixe la page noire, pour éviter du regard les mots, voisins et invisibles, les laisser s’approcher. Je reviens à, sent le mouvement dans mon corps, relève la tête, découvre des visages penchés, chacun sur sa page grande comme une palme.

Et l’été encore là, dehors, immobile, s’embrasant, s’achevant.

Étonnement, oui, qu’il y ait une vie, des bonheurs, des choses allant à leur fin, et d’y être, peu, presque, peut-être pour peu encore, dans la fin et dans le matin.

Minutes de la multitude #36

Lumière en face à travers les vitres rayées, usées, lumière de peu de couleur, floue, fatiguée comme l’œil qui regarde.

Elle est longue et tourne comme une liane. La robe est droite, blanche et courte. Des pieds à sa tête, le regard se relève entraînant le tête. Le visage reste inconnu.

Première fois où je suis monté dans ce train : pour rejoindre le Général et aller manger chez le Kantien au bord du lac.

Minutes de la multitude #35

Analogie des soubresauts du train et des élancements du corps las.

J’avais oublié d’où venait la lumière.

Le ton de la voix automatique. Elle continue après la fermeture des portes. Air vibrant pour quoi?

Minutes de la multitude #34

Portes fermées, le moteur redémarre puis s’arrête. Pause figée. Ce pourrait être l’illumination, la folie.

Accélération anormale inhabituelle, le train est comme endiablé, il sent l’écurie.
Corps inerte, sans réaction à la fin de la journée.

Elle feuillette un agenda large. Listes, paragraphes. Mêmes vues de loin, les lettres sont régulières. Son ventre est arrondi. Quelle vie écrit-elle ?

Minutes de la multitude #33

Sans lunettes, je ne vois que les taches claires des masques, flocons, pétales.

Inhabituellement, je suis debout, et plus haut qu’au souvenir. Ai-je grandi ou est-ce le temps qui a fui?

A l’arrêt. L’affiche des horaires décollée découvre l’affiche de l’année précédente. Le triangle décollé a l’envers gris perle se balance au vent du tunnel.

Minutes de la multitude #32

Appréhension myope de la voiture. Buée aux vitres.

Est-ce que je taillerai jamais la toile du paysage pour entrer ici, là déjà, pour retrouver le double qui m’attend, heureux, pour mourir.

Le train, sur le quai, dans la gare. Et c’est le mitan du jour. Où est l’obscur?

Minutes de la multitude #31

Après des mois. La lumière est au plafond. La lumière là. Le verre usé. Le paysage en défilement. Il n’y a plus de visage.

Tu continues de chercher ; intransitivement.

Oscillation du chef incliné pour approbation entrant en rythme avec le mouvement du train.

Minutes de la multitude #30

Dans l’asseoir, il y a l’être épais, la fatigue béate, le poids qui se suffit à lui-même

Il y a de la lumière en trop. Se mêlent des branches jetées au verre rayé. La paix, ce sont les rails rouillés en faisceaux.

Tu pourrais glisser, t’endormir au début de l’après-midi. La ligne continuerait, sans limite. Fin heureuse.

Minutes de la multitude #29

Un même balancement des corps debout : l’harmonie est instant.

Des paysages aller par le regard aux visages, puis revenir. Entre l’abysse.

Un sac quelconque sur un dos, sa forme donnée entière, son existence rayonnant : soudain.

Minutes de la multitude #28

Soudain lisant, une sonnerie : celle du métro parisien. Trouble, vacillement. Je lève les yeux, pas d’accroc au réel.

Pourquoi pour une fois ne pas attendre après, une fois descendu du train, une arrivé en haut de l’escalier, un peu avant le hall, près des seaux alignés pour recueillir l’eau qui traverse le toit?

Le toit du train, comme son propre dos découvert, depuis le pont, presque immobile: couleur sombre aux abords du noir. Morale: il n’y a rien à voir.