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Tristan Mat

Gracq sur les graffitti dans les pissotières

Celui qui écrit sur les murs des pissotières connaît le plus haut sérieux auquel peut prétendre l’homme qui tient une plume.
Les fraîches inscriptions qui vous figent soudain la face, qui éclaboussent la tôle, comme du sang frais, nous apprennent ce que ne nous apprendra jamais un traité de rhétorique — la valeur médusante que peut prendre pour l’homme l’acte de dire. Seuls mots pétrifiés, pétrifiants, à l’égal du cri figé des momies pompéiennes.
Il faudrait écrire comme un homme qui se déboutonne dans un chemin sombre, comme un qui écrit sur les murs des urinoirs, comme on expulse sa vie d’un jet avec ces dents serrées et cette face au-delà du marbre, — mais pour une fois sérieux, ah, oui, totalement responsable.