Journal de la phrase

Aujourd’hui, j’ai brûlé mon nom dans un évier.

Aujourd’hui, j’ai supprimé autant d’amis qu’il y a de noms de dieu.

Aujourd’hui, j’ai tracé des lettres dans ma main comme alibi.

Aujourd’hui, j’ai poursuivi La Promenade dans la bibliothèque.

Aujourd’hui, j’ai lutté pour retrouver des accents.

Aujourd’hui, j’ai perdu un code.

Aujourd’hui, j’ai photographié une maison derrière la grille d’une cage. .

Aujourd’hui, j’ai laissé deux pages blanches dans le carnet des rêves.

Aujourd’hui, j’ai tourné autour des murailles du Vatican.

Aujourd’hui, j’ai débusqué un piège à rats dans un aéroport.

Aujourd’hui, j’ai été choisi par un miroir.

Aujourd’hui, j’ai écouté mes phrases lues et devenues joie.

Aujourd’hui, j’ai soupesé le kilo de Tarkos.

Aujourd’hui, j’ai éprouvé le marteau sur ma mâchoire.

Aujourd’hui, j’ai aspiré des fourmis.

Aujourd’hui, j’ai brûlé un nom près de la fontaine.

Aujourd’hui, j’ai assisté le mage des chats.

Aujourd’hui, j’ai écouté le loup dans le livre puis dans ma vallée.

Aujourd’hui, je suis entré dans une forêt en chansons.

Aujourd’hui, je suis allé bouffer ma banane non pas sur une timbre mais sur mon balcon.

Aujourd’hui, j’ai écouté mon sosie.

Aujourd’hui, j’ai assisté dans la rue au poème écrit hier.

Aujourd’hui, j’ai ramassé des feuilles de ginkgo dans une rue sans arbres.

Aujourd’hui, j’ai assisté dans la rue au poème écrit hier.

Aujourd’hui, j’ai provoqué une division parfaite.

Aujourd’hui, je suis resté à côté de la pluie.

Aujourd’hui, j’ai fait choix d’un manteau rouge.

Aujourd’hui, j’ai tourné autour de la déesse bleue ciel.

Aujourd’hui, je me suis tenu debout jusqu’à ce qu’un tableau sorte de l’ombre.

Aujourd’hui j’ai fait et défait les tables.

Aujourd’hui, j’ai cherché de la mousse dans la nuit.

Aujourd’hui, j’ai nettoyé mes lettres.

Aujourd’hui, j’ai lancé un disque à un chien.

Aujourd’hui, j’ai trouvé une pierre où m’asseoir.

Aujourd’hui, j’ai acheté le vide des tasses.

Aujourd’hui, j’ai posé un trident.

Aujourd’hui, j’ai noté un boomerang sur l’autel.

Aujourd’hui, j’ai recollé une main.

Aujourd’hui, je me suis endormi au nom d’un fleuve.

Aujourd’hui, j’ai assisté à la fonte d’une idole.

Aujourd’hui, j’ai soufflé la poussière du livre vers la vallée.

Aujourd’hui, j’ai touché un sac parlant pendu.

Aujourd’hui, j’ai débusqué un hétéronyme.

Aujourd’hui, j’ai poursuivi une éponge.

Aujourd’hui, j’ai écrit nu.

Aujourd’hui, j’ai posé mon Journal sur les factures.

Aujourd’hui, j’ai effacé un an.

Aujourd’hui, j’ai misé sur l’instant.

Aujourd’hui, j’ai lu la quatre-vingt troisième tombe.

Aujourd’hui, je n’ai pas su écrire le mot absence.

Aujourd’hui, j’ai été sur un pied sur une échelle, immobile.

Aujourd’hui, j’ai laissé le temps où je ne connaissais pas le mot de pétrichor.

Aujourd’hui, j’ai cureté une fractale.

Aujourd’hui, j’ai mangé des feuilles de pain.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé la fleur en bois – rouge.

Aujourd’hui, j’ai vu le vide au-dessus de l’hôtel.

Aujourd’hui, j’ai recueilli la poussière des murs.

Aujourd’hui, j’ai détaillé du regard un étal de poignées de portes.

Aujourd’hui, j’ai écrit cette phrase à l’encre verte.

Aujourd’hui, j’ai produit un cube.

Aujourd’hui, j’ai commencé l’histoire des murs.

Aujourd’hui, j’ai lancé des poèmes vers un rectangle.

Aujourd’hui, j’ai compté les miroirs de la maison: quinze.

Aujourd’hui, j’ai mangé dans le noir.

Aujourd’hui, j’ai lancé deux pierres par la fenêtre de l’été.

Aujourd’hui, j’ai été déposé sur la carte.

Aujourd’hui, après avoir rangé la bibliothèque, il restait un livre: Espèces d’espace.

Aujourd’hui, j’ai vu l’image au plus près de la nuit.

Aujourd’hui, j’ai envoyé mon image, une.

Aujourd’hui, je n’ai pas été reconnu en abaissant mon masque.

Aujourd’hui, j’ai écrit avec un cube vert sur la table.

Aujourd’hui, j’ai soufflé la poudre vers la nuit.

Aujourd’hui, j’ai mis un masque à la nuit.

Aujourd’hui, j’ai mis un quatrième couteau.

Aujourd’hui, j’ai lu les tables.

Aujourd’hui, j’ai jeté les vêtements vides de moi.

Aujourd’hui, j’ai goûtée une mémoire.

Aujourd’hui, je me suis assis pour mieux tomber.

Aujourd’hui, j’ai écrit six fois la date d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, j’ai cassé le quatrième couteau.

Aujourd’hui, j’ai morcelé les chèques.

Aujourd’hui, j’ai entendu le Nom de l’amant sans nom.

Aujourd’hui, j’ai regardé mon sang.

Aujourd’hui, j’ai suivi du doigt la logique des câbles.

Aujourd’hui, j’ai arraché mon nom des livres.

Aujourd’hui, j’ai soupesé le mot comme.

Aujourd’hui, j’ai entendu la basse.

Aujourd’hui, j’ai embrassé l’amande.

Aujourd’hui, j’ai offert des libations à la colle.

Aujourd’hui, je me suis assis par terre dans la ville.

Aujourd’hui j’ai été agacé par le palindrome.

Aujourd’hui, je suis allé rue des discoboles.

Aujourd’hui, j’ai observé le découpe de vers serbes.

Aujourd’hui, j’ai récité sur une pelouse, à la nuit.

Aujourd’hui, j’ai suivi du regard une faille traversant ma maison.

Aujourd’hui, je me suis allongé, écrasé, plié jusqu’à être englouti par le bain.

Aujourd’hui, j’ai connu le bonheur par débordement.

Aujourd’hui, j’ai considéré mon émail brisé et rongé.

Aujourd’hui, j’ai trouvé deux os à traduire.

Aujourd’hui, j’ai vu s’allumer un feu de trois jours.

Aujourd’hui, j’ai connu le point de perfection: entrer dans la cuisine à l’instant où le lait déborde.

Aujourd’hui, j’ai lu les poèmes de personne avant le jour.

Aujourd’hui, j’ai lutté, défait par les plumes, la topologie de leur enveloppe.

Aujourd’hui, j’ai épuisé le sel.

Aujourd’hui, j’ai écrit quatorze portraits d’un seul visage.

Aujourd’hui: Henry James, d’un côté ; Tchekhov de l’autre : je n’étais pas au milieu.

Aujourd’hui, j’ai cherché des Y.

Aujourd’hui, j’ai brisé un seau.

Aujourd’hui, j’ai écrit le journal de la fièvre.

Aujourd’hui, j’ai découpé chaque planche de l’armoire en deux parties égales.

Aujourd’hui, sous la lampe, le faisceau des angles, l’enjambement du compas.

Aujourd’hui, j’ai plié, déplié, replié, lissé.

Aujourd’hui, j’ai dicté.

Aujourd’hui, je n’ai pas lu une phrase.