Catégorie : Reste

Le rêve de Rose

Le flanc de la montagne fait la vallée. L’été ne brûle pas. La longue baraque de bois est sans fenêtre. Elle est entourée d’herbes qui se balancent. Je n’y suis pas entrée. Elle est noire sans exception. C’est la scierie. Tes habits sont noirs, mais ce n’est pas à toi dit la tante. Nous nous occupons de toi. Et son sourire ne cesse de s’élargir. Le chardon, je le regarde. Un bleu violet en aiguilles. Sur le chemin étroit, blanc beige, j’entends répéter : c’est l’orpheline. Pas de visage pour le dire, le répéter à intervalle. Les chiffres sont à l’aguet. Je ne veux pas compter. Le prix de ce que je coûte et qui est écrit. La guerre est ailleurs, immense. Je tends la main. L’herbe est maintenant plus haute que moi. J’arrive cachée devant la fenêtre. Se sauver en sautant. Le chien est là, je ne le vois pas. Il me fait courir et il est immobile.

#818

De quoi sommes-nous l’empire ? de quels territoires ? de ce qui est circonscrit à nos regards côte à côte divergents ? de celui des chuchotements qui touchent la peau plus que les oreilles ? de l’onde des mots qui heurtent et sentencient et portent discorde à travers les murs jusque chez les voisins ? de la portion de pavé, celle qu’occuperait un cheval couché, près d’une fontaine, où tes lèvres et mes lèvres ont sombré réciproquement les unes vers les autres ? des îles de larmes de joie perdurant presque invisibles sur des divans fatigués ? des esplanades et des perspectives parcourues porté par le désir quand règne le code de la route et le code de la rue? des interstices persistants aux emboîtements de chair ? de l’air sculpté par les draps froissés, écrasés, froissés encore, érigés dans le matin ? du vide d’une place grande comme une salle de bal dans une nuit douce ? de l’attente disposée en gares, cuisines silencieuses à minuit excepté le bruit du frigo ? de l’abyme porté au centre, pas plus grand qu’un poing ?

Publié précédemment dans Villes en Voix

#799

Le froid est ancien, frère à la nuit. Des gestes pour la première fois mais nus. Ils trouvent leur ampleur à la fin du jour, sur la rade déjà. Tu les prends pour toi ces mots : vis comme dans un hôtel. Il n’y a pas de fruits en cette saison, pas de chien. Tu es au milieu de la route, le peu de lumière vacille, comme si elle allait devenir neige. Partir, sans hâte et sans adieu. Et d’un pas décidé.

#797

en chaque point l’effroi aiguilles distance abolie jusqu’à l’immense en pavé ce ne sont plus des mètres mais des années le cercle des vies de peur spirales s’écrasant en un point le point que tu es  ce n’est pas tomber encore moins sauter mais laisser aller glisser s’effondrer enfin comme pensé si souvent aux moments les plus au fond mais pas assez encore de s’en aller la peur avale tout c’est l’oubli jusqu’à la claque puis l’étreinte d’un poing froid être dedans serré étourdi aveugle entouré porté être elle la peur est restée en haut première fois

#785

vous habitez l’animal vous habitez le nautilus vous habitez le double vous habitez le château vous habitez la maison témoin vous habitez l’autre sommet vous habitez la corniche vous habitez la cellule vous habitez l’adresse vous habitez le vide de la demeure vous habitez la paroi vous habitez l’errance formelle vous habitez l’hôpital vous habitez la plage vous habitez la grille vous habitez le nom d’un autre vous habitez le front de mer vous habitez le château des carpates vous habitez le dernier vous habitez le fort vauban vous habitez le nom vous habitez le fond vous habitez la fable vous habitez la tombe vous habitez le ballon vous habitez la piscine vous habitez le proposition vous habitez le parking souterrain vous habitez le plateau vous habitez l’épouvante vous habitez le bout vous habitez le lieu d’aisance vous habitez l’île mystérieuse vous habitez le perdu vous habitez la lueur vous habitez la chambre quelconque vous habitez la falaise vous habitez l’humus vous habitez la tente vous habitez l’anse vous habitez l’habitacle vous habitez l’hôtel vous habitez le nom d’un autre vous habitez la jangada vous habitez le lendemain vous habitez le phrase vous habitez la file vous habitez la cour vous habitez le pauvre vous habitez le bol d’air vous habitez la préposition vous habitez le mirador vous habitez l’amour seul

#784

Il n’y a d’images que dans les mots, ici écrits regardant les montagnes élevant le ciel. Ici dit la distance. Le temps est entre les regards sur ces lignes. Seule celle des crêtes entre le sombre des flancs couverts d’arbres et l’à peine plus clair des nuages teintés de bleu restera immuable, et cette carte ne connaîtra pas le voyage, ni ne sera découverte.

#754

No knots

#718

Tu m’as donné un mot puis une image, dans la nuit. Laissé en nous quittant la meute : que quelque chose règne ou se lasse. Nous nous approchons, l’aporie aux lèvres. Toujours plus nus et le secret inaltérable, tranquille. L’obscur oui, mais le Cœur.

Stèle pour les Saints Judas

Andrea Malesini – Pierre Quillet – Hans Hildebrand -Louis Viardot – Charles Mauron – Michel Doury – Éliane Kaufholz – Gabriele Castellari – Françoise Laye – Quirino Principe – Françoise Rosset – Dominique Touati – Burnouf – Auguste Morel – Jean René Ladmiral – Stuart Gilbert – Silvia Garillo – Gilles Chahine – Yvonne Davet – Giuseppe Trautteur – Mirèse Akar – André Beaujard – Jacques Meunier – Bernard Kreiss – Henri Albert – Lionel Richard – Georges Nicole – Charles Grolleau – Rita Desti

#682

c’est facile à dire

(le bonheur)

il suffit d’un vers

Pour la pierre, il faut toute la prose.