Il n’y a d’images que dans les mots, ici écrits regardant les montagnes élevant le ciel. Ici dit la distance. Le temps est entre les regards sur ces lignes. Seule celle des crêtes entre le sombre des flancs couverts d’arbres et l’à peine plus clair des nuages teintés de bleu restera immuable, et cette carte ne connaîtra pas le voyage, ni ne sera découverte.
Catégorie : Reste
#718
Tu m’as donné un mot puis une image, dans la nuit. Laissé en nous quittant la meute : que quelque chose règne ou se lasse. Nous nous approchons, l’aporie aux lèvres. Toujours plus nus et le secret inaltérable, tranquille. L’obscur oui, mais le Cœur.
Stèle pour les Saints Judas
Andrea Malesini – Pierre Quillet – Hans Hildebrand -Louis Viardot – Charles Mauron – Michel Doury – Éliane Kaufholz – Gabriele Castellari – Françoise Laye – Quirino Principe – Françoise Rosset – Dominique Touati – Burnouf – Auguste Morel – Jean René Ladmiral – Stuart Gilbert – Silvia Garillo – Gilles Chahine – Yvonne Davet – Giuseppe Trautteur – Mirèse Akar – André Beaujard – Jacques Meunier – Bernard Kreiss – Henri Albert – Lionel Richard – Georges Nicole – Charles Grolleau – Rita Desti
#682
c’est facile à dire
(le bonheur)
il suffit d’un vers
Pour la pierre, il faut toute la prose.
#680
Les nuages étaient parfaits.
Ils ne retranchaient rien au ciel.
: Journal
#654
à plat c’est l’horizon qui prend la lumière l’aspire la laisse monter du bas il ne tombe pas il flotte il aspire la lumière il laisse venir la pauvre lumière du soir est-ce le soir la nuit entre chien et loup les chiens je les entends chaque nuit lorsque je suis vide devant la page le loup est dans le nom du lieu où j’écris la lumière monte jusqu’à être prise dans la grille et susciter un code hexadécimal c’est à plat que je la regarde elle l’image maintenant posée sur la feuille recouvre les lignes un œil pour elle l’autre œil pour la moitié droite des phrases deux mains symétrie de l’une à l’autre c’est une image d’hier de l’autre nuit il suffirait d’aller dans l’autre pièce celle où on est debout se pencher par la fenêtre pour voir où était l’instant où elle a été tout identique sauf la nuit la nuit sera là quand j’aurai fini d’écrire le mur en descente presque bleu depuis la fenêtre bord de l’image juste avant la chute il n’y a pas eu de chute
#624
comment oublier ses noms comment dire non à la nuit comment pleurer en lisant un petit traité comment tordre le sable comment mâcher un mot griffé sur un mur comment se lever dans le rêve comment faire un verre d’eau d’un livre comment donner un titre d’or à chaque heure comment déduire le nombre d’une colonne comment mordre une lettre à dieu comment dire le vide avec un escabeau comment multiplier l’océan comment faire le vent en soi comment poser son désespoir sur une plaine comment rire dans une forêt comment se plier pour l’aurore comment et pourquoi se débarrasser de l’amour
#588
Il faut penser le fauve et l’ici jusqu’à les confondre. Le fauve est ici. L’ici est fauve. Ou bien, l’ici est le fauve. Non pas l’illumination, mais la dévoration. Regarde l’érection du lampadaire, le lac de la table. Ils te verront mort dans la faille d’un instant et continueront de taire. Se retourner est vain, tout comme s’arracher la peau croyant débusquer la peur sur son envers. À se découper en cubes, nul ennemi serait offert à la lumière. Imaginez dents, regard fixés, ronds ou amandes. Voici le conte qui fait oublier la fourrure douce, celle qui devenue boule de poils étouffe depuis la gorge. Le mot distrait.
#544
– Tes mains puent le foutre des autres.
– Tes mains puent sur la table. Elle oublie, elle attend, elle supporte. Tout passe pour elle et d’abord les mains qui se posent sur elle, qui donnent à son assise ce qui pèse ou peu, car elle s’appuie sur cette portion de ciel qui est au-dessus d’elle.
– Tes mains puent toujours, elle me disait, et mes mains trop grandes, trop lourdes, les doigts fondus les uns dans les autres, je ne savais qu’en faire dans l’appartement étréci, aucun objet n’était fait pour elles, trop légers, trop de replis pour la peau durcie.
– Tes mains puent à force de me toucher, de suivre plaines crispées, champs de peur, sillons de douleur, plis de l’âge, de tourner, de pincer, de tirer.
– Tes mains puent sur mes seins, ils deviennent plâtre, par des veines inconnues, la rigidité entre en moi, je me fige, il y a une seule image qui ne bougera plus.
– Tes mains puent, elles tombent au bout de tes bras, elles les tirent vers quoi, la terre, la tombe, tu ne fais que tomber, tu n’es plus qu’en bas, ton souvenir, c’est ce qui pue, qui te précède quand tu entres, qui reste là après ton départ, la fuite, ce qui sera après toi, pas d’image, pas de voix revenant, tu es la seule odeur dont je me souviendrai.
– Tes mains puent d’être trop fines, trop blanches, trop froides, trop lisses, trop molles, trop lentes, trop douces.
– Tes mains puent si tu touches le bouton de la porte, tes mains puent si tu pousses la fenêtre, tes mains puent si tu donnes la lumière, tes mains puent si tu suscites l’étincelle du briquet, tes mains puent si tu écartes les pages d’un livre, tes mains puent si tu empoignes ce qui pique et coupe, tes mains puent si elles brisent le pain, tes mains puent sur le lacet dénoué, tes mains puent plongeant dans l’eau, toute eau, tes mains puent sur le plat, tes mains puent sur le drap, tes mains puent sur les coudes, tes mains puent sur ma bouche, tes mains puent sur mon cou.
– Tes mains puaient encore dans le soir doucereux.
