Minutes de la multitude #71
Arrêt. Tremblement du train. Sursaut de dépeupleur chez les passagers.
Les idées devraient être exposées ici dans la voiture vide dans le mouvement d’accélération.
Le train s’arrête entre les hautes parois vitrées et lumineuses. Un instant l’idée du somptueux me frôle puis j’accommode le regard.
Minutes de la multitude #70
Trop en moi pour être ici, pour être envahi pour laisser venir à moi le vague, le banal et que la forme soit.
Levant la tête, je rencontre un regard étroit et allongé posé sur un visage rond. Que suis-je pour lui? Combien de temps existerai-je ?
Une intrigue à côté de moi que je devine en partie seulement. Je crois être loin, détaché, souverain et pourtant je suis dans le chœur, je suis un narrateur.
Le rêve de Rose
Le flanc de la montagne fait la vallée. L’été ne brûle pas. La longue baraque de bois est sans fenêtre. Elle est entourée d’herbes qui se balancent. Je n’y suis pas entrée. Elle est noire sans exception. C’est la scierie. Tes habits sont noirs, mais ce n’est pas à toi dit la tante. Nous nous occupons de toi. Et son sourire ne cesse de s’élargir. Le chardon, je le regarde. Un bleu violet en aiguilles. Sur le chemin étroit, blanc beige, j’entends répéter : c’est l’orpheline. Pas de visage pour le dire, le répéter à intervalle. Les chiffres sont à l’aguet. Je ne veux pas compter. Le prix de ce que je coûte et qui est écrit. La guerre est ailleurs, immense. Je tends la main. L’herbe est maintenant plus haute que moi. J’arrive cachée devant la fenêtre. Se sauver en sautant. Le chien est là, je ne le vois pas. Il me fait courir et il est immobile.
#829
ville d’étoiles serrées
hésitantes à terre
la colline est stèle
temple du sombre
sa patience me réalise
ma nuit presque
chiens frères seuls





